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Transcription de l’interview

J => Le journaliste L => L’interviewé

J : Bonjour, j’aimerais que nous parlions ensemble de votre travail. Qu’est ce qui vous semble dur dans le travail ?
L : Il y a beaucoup de choses qui sont dures dans mon métier. Ce qui est le plus dur est dû à la météo, au changement de temps. Travailler en été quand il fait très chaud, en hiver quand il fait très froid, sous la pluie, le mauvais temps. Il y a aussi le travail lui-même, soulever, déplacer des charges lourdes, travailler dans des mauvaises positions dans des terrains très pentus, rocailleux, encombrés de végétation ou de branches, bois pourris, glissant, etc. Ce qui est dur aussi, c’est d’être tout le temps concentré pour faire attention à tous les dangers que l’on peut trouver sur le chantier.

J : Comment pouvez-vous définir votre travail ?
L : J’effectue un métier qui s’appelle bûcheron sylviculteur. Dans la définition, tu peux le prendre de différentes façons. Le métier de bûcheron, je l’ai commencé jeune, à 14 ans. J’ai passé un CAP en 2ans où j’ai appris les bases avec un professeur de bûcheronnage qui était un ancien bûcheron très compétent. Ensuite j’ai été intégré dans une équipe, en tant que bûcheron communal ce qui m’a permis d’apprendre mon métier grâce à l’écoute des anciens bûcherons de mon village.

C’est un métier que tout le monde semble connaître et que personne ne connaît parce qu’il est différent de ce que les gens pensent. Ce métier est assez diversifié. Pour moi, il a commencé après l’apprentissage avec l’intégration dans une équipe, qui après sur le chantier se diversifie par rapport aux saisons. Nous travaillons l’entretien des chemins forestiers, l’entretien des sentiers. Nous recherchons des limites forestières. Il faut donc savoir lire un plan comme un aide géomètre par exemple. Nous avons aussi pour tâche l’entretien touristique des bancs, des tables, des refuges qu’il faut fabriquer à l’aide de la tronçonneuse et du bois trouvé sur place. Ensuite nous travaillons aussi dans les pépinières. Nous semons des petits sapins ou d autres essences en pépinière (ces travaux de pépinière ne sont plus effectués actuellement). Puis on s’en occupe, en faisant développer ces semis et quelques années après ces mêmes plants, on les repique en forêt pour regarnir ou pour remplacer les sapins qui ont été coupé auparavant ; nous faisons aussi des dégagements. On dégage ces jeunes plants des ronces, genêts, etc. Quelques années plus tard on fait du dépressage : on sélectionne les beaux bois d’avenir, et on laisse les feuillus et les résineux de valeur, il arrive que l’on nous demande de couper les arbres qui avaient été planté antérieurement. Toujours dans cette même forêt, 15, 20 années après le dépressage, on fait de la petite exploitation : bois de chauffage et perche. Par la suite les bûcherons coupent du petit bois pour l’industrie, pour la papeterie, pour les palettes. Quelques années plus tard, nous coupons dans les exploitations les plus gros bois qui donneront du bois de charpente, de menuiserie que l’on a sélectionné, ainsi que du bois de plus grande qualité, du bois d’ébénisterie. Tout ce travail peut prendre de 75 à 150 années voire plus dans la même parcelle. C’est-à-dire que mon métier est en fait très varié et j’arrive à suivre une partie de cette évolution car je suis toujours au service du même employeur et propriétaire forestier.

J : Vous occupez vous aussi de l’entretien ?
Nous faisons aussi des travaux d’entretiens, des dégagements de chemin, curer les fosses à l’aide d’un tractopelle le plus souvent à la main, travaux de pépinière, travaux de dégagement des plantations, travaux d’exploitation forestière et couper du bois pour en faire du bois de chauffage. Actuellement, la mode est aux plaquettes, celle-ci consiste à couper du bois pour le broyer ensuite, et en final procurera des touts petits morceaux de bois. Ces bois sont utilisés dans les chaudières collectives, pour de la pâte à papier ou pour être compressés afin de faire de l’aggloméré.

Le métier de bûcheron consiste aussi à sélectionner, choisir, cuber les bois qu’il coupe. Le bûcheron indique la longueur au milieu de la grume puis prend le diamètre pour calculer le volume. Le bois est donc classé dans différentes catégories. Il existe plusieurs classifications de bois. Celle-ci donne une valeur positive à cette marchandise. Il y a aussi le bois de chauffage que l’on coupe en mètres, puis qui est fendu et empilé en stères.

J : Un métier dur si je comprends bien ?
C’est un métier qui est assez dur par exemple pour le bois de chauffages, un stère de bois dur représente environ entre 700 et 800 Kg. Dans un premier temps, ce bois est abattu et ébranché en forêt. Ensuite il est débardé à l’aide d’un tracteur forestier et empilé sur des quais, ou placé le long des chemins. Puis le bûcheron le découpe en longueur de 1m, fend ces rondins et empile les quartiers de bois. Ce stère de bois le bûcheron le déplace plusieurs fois à la main. Le bûcheron travaille à la production et doit faire en moyenne 10 stères par jour, vous voyez le poids qu’il doit manipuler pour gagner sa journée.

Pour ce qui est du bois d’ ?uvre, un bûcheron doit couper environ 25m3, c’est une moyenne, ça dépend des conditions de la pente, de la densité et suivant les conditions dues à la météo, terrain, à la végétation et aux demandes spécifiques de l’encadrement.

J : Qu’est ce que du bois d’ ?uvre ?
L : Le bois d’ ?uvre est du bois qui est essentiellement destiné à l’industrie pour la charpente et tout ce qui concerne la menuiserie, le parquet, meubles etc. Le bois d’ ?uvre est un bois qui a en moyenne plus de 25 cm de diamètre à un 1.30 m de hauteur. Actuellement le bois qui se vend le mieux est pour l’industrie, car celui-ci est de bonne qualité et les scieries sont mieux équipées pour débiter ce diamètre. Les chutes ou dos servent aussi pour les plaquettes et les papeteries.

J : Quels sont vos rapports sociaux professionnels ?
L : Au début lorsque j’ai commencé mon métier, le travail était décontracté, nous étions assez libre dans notre travail. On travaillait essentiellement à la tâche, ce qui est maintenant révolu. Actuellement le bûcheron ne travaille plus à la tâche. Il travaille à la production ou au rendement. A l’époque du travail à la tâche on n’était pas limité sur le temps de travail on pouvait travailler 8-9 heures par jour et si on voyait que l’on avait gagné notre journée, on pouvait s’arrêter. Tandis que maintenant avec le travail à la production, il faut respecter les horaires et l’on est obligé de faire attention à notre rendement. En fait avant quand on était fatigué, on s’arrêtait sinon c’était dangereux. A cette époque le revenu d’un bûcheron était supérieur à un salarié d’usine à qualification égale. Actuellement c’est le contraire. Maintenant pour pouvoir travailler toute la journée nous sommes obligé de faire attention à notre rendement afin de ne pas prendre de risque au travail.

Un bûcheron fatigué est extrêmement dangereux pour lui-même et son entourage, car il faut toujours pouvoir réagir en cas de danger imprévu en forêt.

Depuis le passage aux 35 heures nos salaires ont baissé. Cela devient de plus en plus difficile car il faut fournir le même travail en moins de temps. Tout notre outillage (matériel, tronçonneuse, essence, huiles, transport, voiture) nous appartient. Ce sont des frais qui sont à notre charge avec des déductions partielles d’impôts. Par contre il n’y a pas de récupération de la TVA ni de temps pour l’entretien de tout ce matériel. Le bûcheron en général fabrique ses manches d’outils, les affûte et répare ses tronçonneuses. Ceci nous conduit à des salaires qui ne sont pas très élevés par rapport à la forte augmentation du carburant et des voitures 4*4 ces dernières années, ainsi que l’augmentation du prix du matériel : tronçonneuses etc. Coût du matériel pour l’installation d’un bûcheron, valeur calculé approximativement en l’année 2000 est de plus de 4 000 ? à ajouter la valeur du véhicule et l’amortissement de ce matériel.

J : Et le salaire ?
L : Depuis quelques années, nous avons des salaires qui ont vraiment tendance à se rapprocher du SMIC (1% d’augmentation par année). Nos employeurs paient une location partielle de notre matériel. Tout l’outillage, tronçonneuse, voiture et équipements divers devraient être la propriété de nos employeurs et l’entretien à la charge de celui-ci. Cela est maintenant reconnu par l’inspection du travail. Mais les inspecteurs débordés de travail n’agissent pas pour autant et ne nous aident pas de ce côté-là. Nous sommes considérés comme bûcherons communaux de droit privé, et non avec le statut de fonctionnaire. Seulement les bûcherons de droit privé dans un service public sont difficiles à gérer car la législation n’est pas adaptée à leurs différents statuts.

J : Qui est votre patron ?
L : Le président du S.I.V.U. (Syndicat Intercommunautaire à Vocation Unique), c’est-à-dire un élu communal qui délègue l’encadrement à l’O.N.F. Les fonctionnaires ont un salaire mensuel retraite à 55ans, bois de chauffage, maison, voiture de service etc. Mais comme ils sont aussi soumis à des réductions d’effectifs, ils déchargent de plus en plus de responsabilités et de travaux aux bûcherons. Ce qui pose : pendant le temps où nous effectuons le travail de notre encadrement, nous ne gagnons rien car ce travail n’est pas pris en compte à la production. Il y a aussi des problèmes dus à la santé, car en moyenne un bûcheron arrête son activité à 52 ans. Très peu de bûcherons arrivent à 60 ans à la retraite car ils sont usés par ce travail.

Quand ils arrivent en fin de carrière autour de 50 ans, les bûcherons ont beaucoup de difficultés à effectuer leur travail. Cependant, nous ne sommes pas reconnus comme exerçant un métier pénible. En moyenne un bûcheron décède à 62 ans !

J : Comment expliquer cela ?
L : Cela est normal, une personne qui travaille toute l’année, par tous les temps, dans des conditions difficiles à la tâche du matin au soir a forcément des problèmes de santé. Ces problèmes sont articulaires ou aussi par la pollution des gaz d’échappements de la tronçonneuse. Il y a aussi des problèmes suite aux coups, un bûcheron qui tombe subit un choc. Ainsi un bûcheron qui fend du bois reçoit toute la journée des chocs, des vibrations de tronçonneuse, etc. Il y a aussi les problèmes suite à l’utilisation de produit phytosanitaire, ceux-ci sont dangereux voire mortels. Nous mettons du répulsif pour protéger les petits plants du gibier ou parfois des produits genre K-othrine sur les bois d’oeuvre qui sont utilisés pour l’industrie pour empêcher ces bois d’être atteints par les scolytes.

De ce fait, nous manipulons des produits hautement toxiques. Cependant certains bûcherons refusent de le faire, mais on les oblige plus ou moins. Ces produits sont hautement toxiques et atteignent parfois la santé. Auparavant, on n’utilisait pas de produits chimiques ou très rarement. Une fois, j’ai utilisé un défoliant utilisé au Vietnam appeler P 80.

J : Quels sont vos rapports avec vos supérieurs ?
L : Il y a souvent des conflits vis-à-vis de l’encadrement qui cherche à rentabiliser au maximum le travail. Actuellement comme je suis employé communal nous venons d’être regroupés en SIVU, comme en forêt le travail isolé d’un bûcheron est interdit, sauf pour les chefs d’entreprises qui ont le droit de travailler seul. Il y a de moins en moins de salariés communaux en forêt, car nous sommes regroupés.

Dans les communes, le nombre de salariés forestiers a été diminué d’environ un tiers voir plus, de ce fait certains bûcherons étaient obligés de travailler seul. Pour remédier à ce problème, l’inspection du travail a obligé les maires des communes à se regrouper en SIVU. Un SIVU regroupe trois salariés au minimum sur un chantier, mais cela n’est pas toujours respecté. Mais ceci entraîne un autre problème : avant, certaines communes n’avaient pas de bûcherons et maintenant elles se retrouvent avec des bûcherons et elles n’en veulent pas. Ces communes sont propriétaires forestières, la forêt est leur revenu principal, en très forte baisse actuellement, elles préféreraient vendre leurs bois sur pied à des marchands de bois qui font couper leurs arbres par des entreprises étrangères. Celles-ci emploient des salariés des pays de l’Est qui n’ont que très peu de couverture sociale, pas de formations et ne respectent pas la convention collective régionale et travaillent pour le SMIC voire moins. Comme en forêt, on est très peu contrôlable, les chantiers sont courts et vraiment éloignés dans la montagne. Il y a très peu de personnes qui peuvent venir contrôler. Ainsi dans ces entreprises, chacun fait ce qu’il veut et les communes ne sont pas forcément gagnantes... !

J : Pourquoi les commune se tournent- elles vers ce type d’entreprise ?
Les communes se tournent actuellement vers ce type d’entreprises car elles vendent leurs bois quelques euros en plus, du cours habituelle du marché du bois, c’est plus rentable d’avoir des salariés qui sont très peu payés. Personnellement je vois mal d’ici quelques années, quand ces salariés auront des problèmes de santé, que vont-ils faire ? S’ils sont licenciés, ils vont se retrouver en tant que chômeurs à la charge de la société. Actuellement il y a encore une suite, un suivi pour un bûcheron qui a des incapacités, il peut quelquefois se reclasser au sein de la commune ou d’une autre institution, (ce qui devient de plus en plus rare on ne veut plus reclasser les bûcherons), tandis que dans les entreprises, ils sont carrément licenciés. Ou bien si ce sont des travailleurs étrangers qui se débrouillent, personne ne s’en occupe. Le problème très grave car pour moi on ne respecte plus la législation c’est aussi l’Europe...

Maintenant avec l’importation de bois des pays de l’Est, ou l’exploitation est anarchique, les salariés coûtent peu, les bois viennent terminés, rabotés, prêts à l’emploi des pays de l’Est à des prix extrêmement bas. De plus le transport ne coûte pas cher. Chez nous on se retrouve avec du bois d’ ?uvre sur le marché qui est trop cher.

J : Que pense l’O.N.F. de cette situation ?
L : C’est pour l’O.N.F. (Office National des Forêt) un moyen de se décharger. Les agents ont donc moins de travail. Lorsqu’ils prennent une entreprise, ils fixent un devis et ils n’ont pas à s’occuper de la main d’ ?uvre. Ils ont juste un travail comptable à faire et l’institution sur ce travail perçoit un certain pourcentage. Tandis que pour nous salariés, ils ont peu de pourcentage et besoin de beaucoup plus de main d’ ?uvres pour nous encadrer, et aussi faire nos salaires qui ont été rendus extrêmement compliqué à calculer ces dernières année. L’encadrement est obligé de gérer tous ces salariés ce qui demande beaucoup de disponibilité. Il faut se déplacer sur les chantiers. Cependant, le travail est différent, il est mieux fait. Nous posons des questions à l’encadrement tandis qu’une entreprise vient sur le chantier. Celle-ci a un certain travail à faire et après c’est terminée, les salariés ont souvent peu de formation, c’est les chefs d’entreprise qui sont aptes à faire la formation de leurs salariés mais le plus souvent ils ne sont pas présents sur les chantiers et possèdent peu d’expérience du métier. L institution va juste contrôler une fois sur le chantier point final. Tandis que pour nous, chaque jour l’encadrement est censé nous voir et il y a un échange. Nous pouvons poser des questions et l’encadrement peut nous donner différentes façons de procéder. C’est pour cela qu’actuellement l’encadrement privilégie les entreprises dans le sens où il y a moins de travail. Ils ont plus à gagner, mais de mon point de vue, côté forêt c’est déplorable car actuellement le milieu naturel se dégrade de plus en plus.

J : Quel est votre objectif ?
L : Nous cherchons essentiellement à avoir des bois de qualité depuis la pépinière jusqu’à la scierie. Certaines personnes voudraient suivre le marché du bois pour replanter leurs forêts, c’est aller contre la nature car il faut tenir compte de l’altitude, l’exposition, la nature du sol, et la qualité des arbres qui existaient auparavant ainsi que le changement climatique. Tandis que certaines entreprises viennent avec des plants qui ont été fabriqués, dans de très grandes pépinières du Nord, Norvège ou autre pays scandinave qui arrivent ici en camion. Ces plants sont mis un peu n’importe comment, sans tenir compte du changement de milieu et du sol. Après quelques dégagements, ils n’en restent presque plus, et la forêt devient de la végétation à l’état naturel (broussailles).

J’espère que cela ne continuera pas comme cela, que les communes ne vont pas l’accepter. Car il n’y aura plus de futaie comme on voit actuellement et la forêt deviendra vraiment de la jungle, des broussailles, donc très peu d’arbres à exploiter pour l’avenir. Certaines entreprises s’en fichent un peu, elles font du bon travail au bord des chemins, mais à l’intérieur dans la forêt, ce n’est souvent pas fait de la même façon.

J : Cela se dégrade mais n’y a-t-il pas de contrôle ?
L : Il y a des contrôles, mais si la personne est favorable à la régénération intégrale (sans entretien) et qu’elle ne désire pas avoir une belle futaie alors on se retrouve avec de la broussaille en forêt. Celle-ci ne rapportera jamais rien, que du bois de feu et encore de mauvaise qualité. Cela ne respecte pas le code forestier qui est actuellement bien mis à mal. Le code forestier dit qu’il faut valoriser la forêt et utiliser la main d’ ?uvre locale mais ceci n’est plus trop pris en compte actuellement.

Aujourd’hui on ne voudrait qu’encaisser et couper les beaux bois mais ne plus remplacer cette forêt afin qu’elle redonne une belle futaie. Après on ne s’en occupe plus, et les communes investissent vraiment le minimum où attendent les subventions. Il existe des endroits où cela marche, il y a de la régénération naturelle, mais cela est loin de fonctionner partout. Le maire propriétaire forestier, visite rarement les chantiers et leurs forêts, ceux-ci on peut ou pas de contact avec leurs bûcherons permanents et c’est vraiment dommage.

J : Comment voyez-vous votre travail aujourd’hui ?
L : Je trouve que mon travail s’est amélioré au niveau de la mécanisation et des techniques d’exploitations qui sont différentes. Mais le bûcheron est beaucoup plus stressé au travail aujourd’hui. Il est soumis à beaucoup plus de contraintes. Avant nous étions plus libres et l’on travaillait bien souvent plus, mais moins stressé. Les conditions météo ont changé. Autrefois, l’hiver, le travail était souvent arrêté 1 mois voire plus par la neige 30 à 40 cm ou le froid -10à -15°. Actuellement 4 à 5 jours d’intempéries maximales peu rémunérées. L’augmentation des températures se traduit par une forte augmentation des chablis et des arbres secs atteints par les scolytes, pluies acides.

J : Vous dites qu’il y a beaucoup de contraintes ?
L : Oui car avant un chantier pouvait durer deux mois voire plus, tandis que maintenant les chantiers durent quinze jours rarement plus, on est obligé de s’occuper de tout. Ceci nous oblige à nous organiser différemment, il faut même occasionnellement se débrouiller pour trouver du travail. On essaie de sensibiliser l’encadrement sur des problèmes d’entretien. Cela n’est pas toujours évident, nous avons des difficultés à accepter de voir un travail effectué mal entretenu et se détruire. On est souvent décrié, rabaissé, ce qui n’est pas forcément agréable.

J : C’est-à-dire vous êtes décrié ?
L : Nous avons un métier ou à partir du moment que l’on parle bûcheron, c’est le dernier des métiers pour beaucoup de personnes. Cela est faux, un bûcheron commence par l’apprentissage, il a donc différentes qualifications : Ouvrier forestier, ouvrier forestier qualifié, bûcherons, bûcherons qualifiés, maître bûcherons, mécanicien hautement qualifié. Et si en fin de carrière, un bûcheron hautement qualifié s’appelle maître bûcheron, ce n’est pas pour rien. Je pense qu’il mérite vraiment cette qualification.

J : En quoi ces qualifications ne sont pas reconnues ?
L : Comment expliquer cela ? On nous demande tellement de choses comme je l’ai expliqué précédemment et cela n’est pas reconnu par rapport à la valeur des connaissances qu’il faut avoir. Nous avons une connaissance manuelle très complète. Il y a des gestes qu’il faut savoir faire, il y a beaucoup de choses qu’il faut connaître parce que chaque situation est différente.

Chaque parcelle est différente, il faut tenir compte de l’exposition au vent, soleil etc. Il y a des endroits où le sol est différent, des endroits où il y d’autres difficultés. Tout est différent, chaque arbre ne pousse pas de la même manière. Il faut tenir compte de l’altitude. Conclusion : en forêt, on ne trouvera jamais un travail où l’on doit effectuer deux fois la même chose. Cela n’existe pas, c’est la loi de la nature rien ne se ressemble. C’est beaucoup d’improvisation que l’on pourrait dire, mais non c’est vraiment le métier où l’on apprend sur le terrain. On ne pourra jamais apprendre le métier de bûcheron complètement dans une école. C’est un métier où il faut de la pratique c’est pourquoi il est conseillé de travailler avec des anciens qui ont eux l’expérience. Ils nous indiquent les endroits dangereux, les limites des différentes propriétés. Actuellement, c’est terminé, on ne veut plus utiliser cette méthode c’est-à-dire des jeunes sont placés directement sur le terrain et il y a beaucoup d’accidents et maladies professionnelles. Parfois aussi, quelques accidents mortels. Les déclarations d’accidents et maladies professionnelles pour les deux département alsaciens en forêt de janvier 2003 à novembre pour l’exploitation sont de 88 déclarations avec les non exploitant le total est de 137 déclarations ou 11 325 jours indemnisés du1/1/003 au3/12/2003 source C. A. A. A. (Caisse d’assurance accidents agricole du Haut-Rhin). Cela est vraiment beaucoup par rapport à une entreprise de la même taille avec un nombre égal de salariés en région alsace il y a 375 bûcherons communaux pour l’année 2003 source o. n. f.

J : Pourquoi y a-t-il autant de morts et de blessés ?
L : C’est un domaine très vaste, cela peut être l’absence de formation l’inattention, aussi la fatigue, les conditions météo, le stress. Les accidents sont toujours imprévisibles. De plus, il faut travailler toujours davantage et plus vite dans de mauvaises conditions, la moyenne d’âge de plus en plus élevé, cela entraîne forcément des accidents.

J : Avez-vous une anecdote par rapport à ces accidents ?
L : Il y a différentes façons de travailler en forêt. Parfois on nous oblige à travailler avec des personnes que l’on ne connaît pas au niveau du travail et cela peut être dangereux. Mais à deux cela aussi peut-être dangereux si on est trop proche. Par exemple lors de l’exploitation des bois dans une petite parcelle, si un arbre tombe cela peut être dangereux pour le collègue. Il faut donc garder certaines distances de sécurité. Cela n’est pas toujours possible d’être suivi, mais il faut aussi savoir que deux salariés travaillant trop loin l’un de l’autre peuvent aussi être dangereux. J’ai vécu une expérience ou deux bûcherons travaillaient ensemble à quelques mètres l’un de l’autre. Un bûcheron a coupé une cime qui faisait environ 40cm de diamètre et sans qu’il s’en aperçoive cet arbre a roulé sur lui. Il a reçu cet arbre sur le torse. Heureusement que son collègue était à quelques mètres de là car il est tout de suite arrivé avec sa tronçonneuse et lui a tout de suite dégagé son torse en coupant l’arbre. Cela lui a permis de sauver la vie de son collègue. Cette personne se serait trouvé à 50 ou 60 mètres, c’était la mort assurée. Nous avons un métier où il y a des contrastes, si on travaille trop loin c’est dangereux, et si on travaille trop près c’est aussi dangereux. On est toujours obligé de s’adapter à différentes situations et avoir une certaine vigilance. Regarder ce que fait le collègue, où il se situe car cela peut être extrêmement dangereux pour soi-même si le collègue a un moment d’inattention, il peut très bien provoquer un accident sur lui ou à une autre personne. Il faut toujours avoir une surveillance sur les collègues au travail, voir même sur les promeneurs, l’encadrement qui arrive bien souvent pas équipé, Il pourrait se retrouver en dessous d’un arbre sans qu’on le remarque. Les promeneurs et les VTT sont aussi dangereux, car il y a des gens qui font du VTT et passent partout dans la forêt et les VTT se déplacent vite, et on ne les entend pas. Il est difficile d’interdire l’accès des chantiers les gens traversent les chantier sans conscience du danger, et il ne respecte pas les indications des panneaux.

J : Y a-t-il des mesures de sécurité ?
L : Des mesures de sécurité, il y en a plein. Toutes ces mesures nous les connaissons, on les utilise, mais celles-ci sont aussi faites pour dégager les responsabilités de l’encadrement. Des séances de recyclage ont lieu chaque année : une fois toutes les deux années, gestes et postures, secouristes, massage cardiaque etc. Cette formation permanente est assez poussée. Chaque année nous avons des stages de recyclage, voire de perfectionnement qui nous permet de mettre à jour nos connaissances sur la sécurité. On est obligé d’utiliser des moyens modernes et les équipements utilisés, comme la tronçonneuse, doivent toujours être aux normes, nous devons respecter les normes de sécurité et les équipements personnels casque, écouteur, visière, pantalon de sécurité, gants, chaussures de sécurité toujours en bon état, absence de veste de sécurité, elles ne sont pas obligatoires, absence totale de mesures d’hygiène, sur les chantiers. La sécurité est le cheval de bataille. Maintenant, il y a tellement d’accidents que l’on est toujours obligé de faire attention. Nous, en tant que bûcherons communaux nous sommes satisfait de cette situation, elle contribue aussi à l’amélioration des conditions de travail, ce qui n’est pas tout à fait le cas pour les entreprises où certaine travaillent souvent sans équipement et ne respectent pas les consignes de sécurité, travaillent de nuit ou mauvaise météo, et souvent peu de formation.

J : Ces mesures de sécurité sont-elles toujours positives ?
L : Positives, oui mais ces mesures de sécurité prennent du temps, occasionnent une perte de production et donc un salaire qui diminue. Personne ne le prend en compte, mais c’est bien souvent une charge supplémentaire pour le salarié. Comme nous sommes obligés de travailler différemment, on travaille de plus en plus tout en gagnant moins. La sécurité n’est pas toujours aussi positive que l’on pourrait le croire. Explication : en été nous travaillons avec un pantalon de sécurité qui fait environ 5mm d’épaisseur en matière synthétique sur les genoux en plein soleil par 40°. Un casque rouge avec des protége oreilles sur la tête en plastique par les mêmes chaleurs, c’est tout aussi contraignant, nous avons aussi des risques d’insolation qui ne sont pas pris en compte. Par contre en hiver c’est tout l’inverse. A savoir mettre un casque sur la tête par -5° sans pouvoir mettre un bonnet en dessous ce n’est pas toujours agréable.

Moi, je me suis toujours battu pour que les bûcherons portent des gants par rapport aux produits comme les huiles, les hydrocarbures car cela permet de garder les mains propres et des mains qui n’ont pas de problèmes d’eczéma. Les difficultés dues aux maladies professionnelles ne sont pas prises en compte, nous avons un métier où il y en a énormément suite aux coups, aux poussières du bois également au contact et inhalation des hydrocarbures, gaz d’échappement, fumée d’incinération etc.

J : Quels sont les maladies professionnelles ?
L : Sur la liste des maladies professionnelles en agriculture il y a environ 57 maladies reconnues. La plus importante est la maladie de lyme due à la tique qui provoque des maladies neuro cérébral, paralysie. Il y a beaucoup de cas, lors des dégagements dans les genêts ces tiques sont très présentes. Ces tiques entraînent des maladies très graves.

Il y a aussi d’autres maladies comme les eczémas aux huiles et hydrocarbures, les maladies qui atteignent les poumons du aux poussières de bois, les maladies aux articulations, maladie lombaire, cardiaque, maladie de la nuque, suite au port du casque. Il y a aussi des bûcherons atteint aux niveaux des jambes, jambes cassées suite aux chocs. Cela peut donner des problèmes aux genoux, aux articulations...

J : Ces maladies sont telles toujours reconnues ?
L : Elles ne sont pas toujours reconnues, j’ai un collègue de la région, qui a utilisé de la K-othrine. Suite à cela et malgré son équipement de protection, 15jours après il a eu des problèmes cardiaques. Ces problèmes cardiaques l’ont amené à faire des analyses de sang et il a extrêmement de mal à faire reconnaître sa maladie professionnelle. Il a été pendant trois mois à la maison malade après avoir utilisé ce produit vraiment dangereux. La caisse a refusé de reconnaître ces faits. Il a dû se battre. Il a finalement été reconnu comme maladie professionnelle mais pas suite à l’utilisation de produits phytosanitaires, ce qui est malheureux pour ce bûcheron. Voir inadmissible alors que la caisse connaît les méfaits du produit.

Les communes (S.I.V.U.) préfèrent maintenant donner le travail aux entreprises car cela leur permet de se décharger de ce genre de responsabilité. Nombreux sont les bûcherons qui deviennent invalides avec des problèmes graves de santé.

Les invalidités font suite au travail pénible ainsi qu’aux conditions de travail, tous les salariés ayant travaillé plus de 30 ans en forêt ont des problèmes de santée. De plus, comme le bûcheron n’est souvent plus apte à faire son travail, et comme on ne cherche pas a le recycler dans une autre fonction. Pas de reclassement possible le plus souvent on le licencie.

Un bûcheron qui ne peut plus effectuer aussi rapidement son travail coûte cher à l’employeur et à la caisse. Celui-ci au bout d’un certain temps tombe souvent malade. Alors l’employeur préfère le licencier et il se retrouve au chômage. Certains bûcherons essayent de se recycler en faisant des formations. Cependant quand vous arrivez à 50 ans, cela n’est pas évident de se recycler dans un autre métier. Déjà avec les problèmes graves de santé, ajoutés aux problèmes d’emploi qui existent actuellement dans le milieu rural. La cause de licenciement est donc souvent l’incapacité à effectuer le travail, les compétences professionnelles d’un ancien bûcheron ne sont plus utilisées.

J : Je vais vous poser d’autres questions maintenant afin de mieux vous connaître. Quel était le métier de vos parents ?
L : Mon père a travaillé pendant 41 ans bûcheron et ma mère était agricultrice. Mon grand-père était également bûcheron, au début les premiers bûcherons avaient des exploitations agricoles. Durant les mois d’été, ils s’occupaient de la ferme, ils avaient quelques vaches et n’allaient travailler en forêt que les saisons mortes quand il n’y avait pas de travail à la ferme en hiver ou de bonne heure au printemps et le reste de l’année, ils allaient très peu en forêt.

A cette époque-là, il y avait beaucoup de personnes qui travaillaient en forêt. Le travail était fait pareil mais par beaucoup d’agriculteurs. Ici sur la commune, il y avait 24, 25 bûcherons tandis qu’actuellement on se retrouve à 2 et nous sommes encore de trop. C’était un métier dur, mais comme ils ne travaillaient que quelques mois de l’année en forêt, cela se passait mieux. En fait c’était moins pénible pour eux, ils travaillaient plutôt à la ferme ou le travail était beaucoup plus léger. En fait, ils travaillaient à un autre rythme. Avant ils n’avaient pas de tronçonneuse, mais travaillaient au passe partout (scie actionné par deux bûcherons). Ils disaient que c’était plus lourd mais il en faisait 25 fois de moins en volume. Tandis que maintenant la production a énormément augmenté. Ils faisaient un mettre cube de moyenne par jour et maintenant on en fait 25 voire plus.

J : Quelles sont les institutions qui défendent vos droits ?
L : Pour défendre nos droits, il y a quelques syndicats qui n’interviennent pas toujours dans le bon sens et ils ont du mal à motiver les salariés pour qu’ils se regroupent afin de se défendre. De plus les salaires baissent et les cotisations des syndicats ne sont pas données non plus. Les délégués du personnel ne sont pas toujours aux top pour défendre les intérêts des salariés. Et quand vous avez travaillé dur toute la journée, c’est difficile de s’investir en recherche de loi et de textes pour défendre vos droits. Un bûcheron qui est fatigué le soir n’aime pas trop réfléchir et se mettre à des écritures sur ce genre de chose. C’est pour cela qu’il se défend très peu et préfère travailler plus pour compenser les pertes de salaire. Le soir il est fatigué, il n’a plus envie de se casser la tête. Actuellement j’ai l’impression que les représentants employeurs ralentissent au maximum les négociations pour la mise en place de C.H.S.C.T. pourtant obligatoire pour les métiers dangereux.

J : Y a-t-il déjà eu des manifestations ?
L : Cela arrive, mais très rarement. Moi en trente ans de carrière, j’ai vu deux grèves, c’est vraiment très peu vis-à-vis des problèmes qu’il y aurait à résoudre actuellement. La première grève était pour avoir droit aux intempéries, afin que l’on nous donne quelque chose en hiver quand il fait mauvais. On est donc arrivé à avoir 2 % du salaire annuel ce qui est vraiment ridicule. Nous n’avons pas droit au pourcentage comme dans le bâtiment où les salariés touchent 75 % de leurs salaires. Nous recevons une indemnité compensatrice des difficultés de travail consécutives aux intempéries annuelles, de 2 % du salaire pour 10 jours d’intempéries et après on nous rajoute 0,2 % par jour d’intempérie. Pour moi 34 ? par jours en 2004. Cela ne nous fait donc pas grand-chose à la fin de l’année, c’est toujours mieux que rien car avant on n’avait rien certains bûcherons prennent leurs congés ou les R. T. T afin de ne pas perdre de salaire.

La deuxième grève portait sur la question du statue ! Droit public ou droit privé. Moi, j’étais partisan du droit public. Les bûcherons voulaient tous être de droit privés ce qui est mauvais pour nous maintenant, car avant nous avions un statue mixte. Maintenant que nous sommes de droit privé, le licenciement est plus facile. Moi j’étais pour le droit public, mais seulement il n’existait aucun texte pour nous introduire dans le droit public. On ne voulait pas nous mettre avec les ouvriers communaux. Ils nous ont tourné en bourrique en disant aux bûcherons qu’à partir du moment où ils seraient de droit public, il n’y aurait plus de travaux à la tâche. Comme le travail à la tâche est une motivation pour le bûcheron, nous sommes passés au droit privé. Mais le travail à la tâche a malgré tout cessé, et a été remplacé par le travail à la production. Les bûcherons ont mis un certain temps à comprendre ce qu’était le travail à la production, aujourd’hui ils ont compris et certains reviendraient bien en arrière.

J : Comment sont calculés vos salaires selon que vous travaillez à la tâche, ou à la production...
L : La différence entre le travail à la production et le travail à la tâche est qu’à la tache pas de contrainte horaire. Nous avons un travail à faire, une certaine somme est attribuée avec des barèmes pas toujours estimés juste par l’encadrement pour faire ce travail. Quant au travail à la production, ce n’est pas la même chose, nous avons un travail à faire. Une somme pour faire ce travail est également attribuée, mais celui-ci doit être défini dans les horaires imposés. La différence, c’est que si vous n’êtes pas bien (fatigué) en fin de journée et que vous voulez rentrer, ce n’est pas possible obligation de rester sur le chantier et de travailler.

Il y a donc différentes façons d’être rémunéré. Pour les dégagements, on peut être payé aux hectares, pour les bois de chauffages aux stères. Pour le travail d’exploitation au mètre cube suivant les classes. C’est assez compliqué parce que chaque classe est payée différemment. Le petit bois est payé plus, le moyen un peu moins et le gros-bois encore moins. Plus les arbres sont gros et moins on est rémunéré car l’on fait plus de volume dans la journée. Les difficultés prises en comptes sont le sol et la végétation, les difficultés aux arbres ainsi que le volume moyen, la densité, la pente et les difficultés complémentaires auquels se rajoutent l’écorçage, les démontages des houppiers, la mise en tas ou en andain, l’incinération. Le travail à la production est en diminution il n’y a plus que les exploitations (bois d’oeuvre) qui se font à la production. Tout ce qui est travaux de dégagement, chemin, plantation sont effectués au salaire horaire avec le coefficient de chaque salarié.

J : Comment envisagez-vous l’avenir ?
L : Le plus bel avenir pour moi, c’est d’être à la retraite. Je me sens fatigué, j’ai un métier qui est très dur, pour moi mal rémunéré. Maintenant je ne suis plus aussi motivé, j’aimerais bien cesser mon activité car j’ai des problèmes de santé et le mieux ça serait d’arriver à la retraite normalement. J’ai encore huit ans de travail avant d’avoir la retraite. Mais je n’ai pas le sentiment d’arriver jusqu’à celle-ci, à cause des nouvelles conditions de travail et de mon état de santé.

J : Recommanderiez-vous votre travail à quelqu’un d’autre ?
L : Non, non, surtout pas. J’ai trop souffert pendant toute ma carrière, je ne voudrais jamais que mes enfants travaillent dans ce métier et pourtant j’étais énormément passionné au début par mon travail. Mais avec les années, les conditions de travail et la rémunération se sont tellement dégradées, je ne veux surtout pas qu’un de mes enfants effectue ce travail et je ne conseillerais à personne de faire ce métier.

J : Y a-t-il quand même des aspects positifs ?
L : Le seul aspect positif que je vois, c’est comme j’ai travaillé toujours dans la même forêt, avec les années je m’aperçois que là où j’ai travaillé, il y a maintenant une belle forêt. Les arbres se développent bien, et ils poussent bien. C’est mon seul point positif. Quand je vois que la régénération s’est bien faite, qu’après les dépressages, les bois sont beaux et les jeunes plants de trente ans se développent bien, car cela fait plus de trente ans que je travaille en forêt pour moi c’est vraiment un point positif.

Les seul point négatif que j’ai eu c’est la tempête du 26 décembre 1999 avec l’arrivée des abatteuses, (Machine qui attrapent les troncs les ébranchent et les débitent), mais qui endommagent beaucoup toutes les plantations. Sans quoi, la forêt en elle-même a été bien entretenue, là où je suis passé c’est un de mes points positifs.

J : Comment sont les rapports avec vos collègues comme nous avons parlé de vos supérieurs précédemment ?
L : Il faut savoir qu’en forêt, je travaille avec des copains plutôt qu’avec des collègues de travail. On est obligé de se connaître à fond. Dans le métier bien sûr, dans la vie privée chacun pour soi. Mais au niveau professionnel nous sommes obligé de connaître le tempérament de la personne, la façon qu’il va procéder dans son travail, ce qui diminue aussi les accidents. En connaissant bien son collègue, on sait ce qu’il va faire et ce qu’il ne va pas faire. On sait où il pourrait faire moins attention à un endroit qu’à un autre. On peut le prévenir : tiens là tu fais attention, il y a cela ou ceci. Et lui aussi peut me prévenir moi-même. C’est pour cela que l’on dit que les collègues doivent bien se connaître, mais pour cela il faut du temps 2 à 3 années de travail avec le même collègue pour pouvoir bien le connaître. Ce n’est pas la même chose dans les entreprises, car maintenant les salariés travaillent 2 ou 3 ans et après changent de métier parce qu’ils sont mal payés et que le travail est difficile. Dans mon cas où je travaille pour la commune il y a une entraide entre collègues. Si par exemple il y a un travail que personnellement je n’ai pas la compétence d’effectuer c’est le collègue qui va l’effectuer et réciproquement. De plus très souvent on discute sur la façon de procéder, ce qui permet de réduire au maximum le travail pénible, d’éviter la fatigue, les accidents et de réduire le temps de travail. C’est nous qui dirigeons la façon de procéder sur notre chantier.

J : Votre travail s’est- t- il diversifié ?
L : Oui, le travail s’est diversifié. On fait occasionnellement aussi des bancs, des tables, des refuges pour les touristes. Mais cela n’est pas évident, il faut avoir un certain savoir faire qui est différent d’année en année. De plus les engins forestiers ont beaucoup évolué, au début de ma carrière, on utilisait encore les chevaux la Schlitte et maintenant ceux-ci ont été remplacés par des engins qui vont partout dans la forêt et qui ont une puissance énorme. Ces machines saccagent tout sur leur passage, mais elles permettent de mieux exploiter le bois ce qui améliore aussi les conditions de travail car la machine effectue des tâches que l’on ne pouvait pas faire avant. De plus l’accroissement des chemins forestiers facilitent aussi cette exploitation.

Je ne parle pas des abatteuses qui détruisent tout, notamment les jeunes peuplements qui sont surexploités.

J : Je vous remercie pour vos réponses.



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